Les Nobles

Date de publication : January 10, 2019
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Notre collaborateur Patrice Montagu-Williams, lui même auteur de plusieurs romans, a lu « Les Nobles », le roman de Dokami Sot réédité par les éditions Gope. Paru pour la première fois en 1938 sous le titre Phu Di (« Une personne de grande qualité »), la première édition française (éditions de l’Aube) date de 2008. La présente version (éditions Gope) reprend le texte intégral dans une traduction révisée.

 

L’auteur, Dok Mai Sot (« Fleur fraîche ») de son nom de plume, est née dans une famille d’aristocrates.

 

Mom Luang (le titre indique qu’elle est l’arrière arrière petite fille d’un roi) Buppha Nimmanhemin fut la plus importante romancière Thaïlandaise d’avant la Seconde Guerre Mondiale.

 

Élevée au palais familial puis au collège catholique St Joseph, elle commence sa carrière littéraire très tôt, dès sa vingtième année.

 

Ses romans furent d’abord des romans d’amour puis devinrent plus réalistes après la révolution de 1932.

 

Le mécénat royal ayant disparu, les auteurs durent vivre de leur plume et plaire à leur lectorat, ce qui eut une influence directe à la fois sur le choix des sujets et sur l’écriture elle-même.

 

Son style, remarquable par la richesse de son vocabulaire, valut à Dok Mai Sot le surnom de « romancière à la plume d’argent ».

 

Réputée pour la complexité des sentiments dont elle dote ses personnages, elle est la première auteure Thaï à écrire des romans centrés sur une héroïne.

 

Phu Di « Les Nobles » est considéré comme son meilleur roman.

 

La littérature de l’époque ne se fait pas l’écho de la révolution et des changements politiques survenus après le coup d’État du 24 juin 1932 au Siam qui mit fin à la monarchie absolue et instaura une monarchie constitutionnelle.

 

Le roman explique cependant parfaitement quel est l’idéal féminin post-révolution et Dok Mai Sot plaide pour une éducation moderne qui ne serait pas antinomique avec la doctrine bouddhiste.

 

L’histoire se déroule à Bangkok, au milieu des années trente.

 

C’est celle de Wimon, dite Lek, une belle jeune femme de vingt et un ans au grand cœur née dans une famille noble dont la vie aisée et insouciante bascule soudainement…

 

La voilà chargée de sauver sa famille de la déchéance, de la maintenir unie et de pourvoir à ses besoins.

 

Elle se bat en particulier pour conserver le palais (symbole de ce que ce qu’il représente sur le plan social) que son père avait presque perdu dans des combines financières.

 

Pour l’auteur, le lecteur doit comprendre, au travers de cette histoire, que, selon la vision bouddhiste, une personne ne nait dans l’opulence que par accident.

 

Il y a une sorte de douce langueur dans ce livre, qui raconte pourtant une destinée tragique.

 

Même si le roman n’échappe pas au happy end de rigueur (comme dans les contes et les films hollywoodiens, Wimon finira par rencontrer le prince charmant), il faut noter – et c’est l’un des traits marquants de ce texte – l’omniprésence de la foi de l’auteur, rare à l’époque (pour chacun des treize chapitres, elle met en épigraphe un enseignement du bouddha), ce qui lui permet en passant de condamner fermement des sentiments comme la jalousie ou la colère et de creuser ainsi, concernant l’idéal féminin, un gouffre béant avec la littérature postérieure (voir This Human Vessel de Krisna Asoksin, par exemple).

 

Pour tous ceux et celles que passionne ce pays, un livre à lire donc, très bien écrit par l’écrivain le plus important de son époque, apparemment facile d’accès mais en réalité beaucoup plus complexe et subtil qu’il n’y paraît au premier abord.

 

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Patrice Montagu-Williams

 

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